| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
Dans la nuit noire qui défile, se fige l'image de cet ancien repris de justice, encore frêle et vif, dont l'age avancé ne se devine que sur cette peau à peine marquée par une vie de dur. Son rire et son regard pétillant laissent deviner la réminiscence d'une expérience vécue et partagée. Sous le grondement d'un moteur poussé à plein régime, j'entends encore son parlé francs et sûr : « T'es pas un peu j'té d'la casquett', Toi !! ... Aller file, j'finirai !! Et t'coince pas l'machin dans sa tuyauterie !! J'ai pas envie d'jouer les prolongations, Compris ! ».
Seuls deux points rouges viennent parfois troubler cette immensité noire dans laquelle je m'enfonce aussi sûrement que Bill Pullman dans « Lost Highway ».
Ce désert nocturne s'était installé brusquement, après avoir franchi la frontière francilienne, ce mur du son qui semble retenir en son sein la cacophonie des klaxons et des jurons, dont les
auteurs semblent venir par centaines ou milliers (grève oblige) dédicacés le même roman de leur vie, « Comment je suis devenu un gros connard au volant ».
L'idée de cette escapade éphémère a eu vite fait de chasser de mon esprit les conseils de mon banquier et les remontrances de mes amis écolos. Fort de quatre heures de sommeil, je fuis la capitale pour venir polluer à plein gaz les plaines désertées de la Picardie. Et l'espoir d'une présence douce et chaude m'a fait oublié la froideur d'un automne hivernal, les flashes et autres injonctions de la sécurité routière.
En entrant dans Amiens, « capitale de l'an 2000 » je me perds un peu dans les rues, pensant qu'elles ont dû être désertées depuis cette date. Je suis certain d'avoir bien fait et soulagé d'y être juste à temps.
Mais si l'amour vous
embarque parfois dans la déraison et la folie, ne croyez pas qu'il ait le monopole de l'absurde et de la bêtise. En franchissant la porte du « CLUB », j'étais loin de me douter que
j'allais troquer mon costume d'amoureux transit pour celui d'ethnologue découvrant une peuplade étrange. Je n'ignorais pourtant pas que j'allais la rejoindre dans une soirée d'étudiants, mais la
chose fut si étrange qu'elle s'accorda alors parfaitement avec le décors d'une ville qui inspira probablement Jules Vernes.
On dit que rien n'est plus fort que l'amour, qu'il est le seul à pousser l'Homme dans les exactions les plus extrêmes. Mais on se trompe, il y a pire !! Il y a le groupe, cette communauté d'espèce qui galvanise les troupes, qui les pousse à un tel point que le pire entre en résonance. Dans certains groupes la bêtise ne s'additionne pas, elle se multiplie. J'ai pu constater ce postulat en observant et en écoutant sans vraiment y entendre quoique ce soit ou en entendant sans qu'il y ait vraiment quoique ce soit à écouter.
Je retrouve alors ma dulcinée dans « LE CLUB » loué pour l'occasion par une horde d'étudiants déjà en transe avant même d'être entrés. Ils sont nombreux, tellement que lorsque nous entrons dans la salle des réjouissances, il n'y a déjà plus rien à boire sur le buffet, juste des restes de salades et de pâtés pour nous remplir le ventre. Mais qu'importe nous pouvons vivre d'amour et d'eau fraîche. Par chance, le bar sert des bières et des alcools à moindre prix jusqu'à onze heures.
Nous buvons un peu, et j'accepte de me fondre dans ce groupe en discutant avec ses conmpatriotes. Nous tentons de discuter avec une amie commune, mais une grande partie du groupe s'était déjà lancé dans le beuglement de chansons paillardes de leur propre cru, un genre de rite qui a pour but de faire le plus de bruit possible et avec le plus grand nombre possible de convives.
Je sourit, amusé. Elle me rend ce sourire, un peu gênée. Nous nous sourions amoureusement.
Galvanisé, le groupe se scinde en deux pour une partie de beuglement entre la province et la capitale, certains espérant secrètement se faire entendre jusqu'à paname.
Je la regarde, l'air gêné, dessinant un sourire forcé. Elle me regarde, rouge de honte. Nous nous regardons, toujours amoureux.
A l'appel du groupe, DJ Didier rentre en action mixant et esquissant les chorégraphies traditionnelles que la horde s'empresse de reproduire en rythme et en synchro. Le jeu est amusant au début, mais la musique devient trés vite plus pesante qu'une soirée « trach-trans » dans un pavillon montreuillois. Je cris à son oreille que j'ai un coup de bar, que j'aimerais rentrer.
Elle est d'accord, et contente d'avoir réussi à obtenir une chambre pour elle seule, enfin pour elle et moi. Nous sortons.
Il fait très froid dehors. Les nuits parisiennes sont fraîches, et parfois froides. A Amiens elles sont froides, et souvent gelées. Nous entrons dans la voiture que je m'empresse
de démarrer, attendant patiemment que le moteur soit chaud pour allumer le ventilo. Il fait toujours froid.
Nous quittons le centre d'Amiens pour sa campagne. Je pense : « Il y a la campagne dans la ville de l'an 2000 ??!! ». Nous nous perdons. Je lui demande en insistant plusieurs fois
l'adresse de l'hôtel. Elle m'avoue qu'elle ne l'a pas.
Elle est énervée contre elle-même mais elle m'engueule un peu.
Je lui dis qu'elle a la clef. Elle ne comprend pas. Je lui dis qu'il doit y avoir l'adresse sur la clef. Elle cherche la clef. Elle trouve l'adresse.
Je cherche un plan de la ville. Nous tournons plusieurs fois dans cette campagne. Nous trouvons un plan. Je sors dans le froid et cherche la rue sur le plan. Je pense : « Il y a vraiment la campagne dans la ville de l'an 2000 ».
Nous arrivons devant une grille sans panneau ni enseigne. Elle sort pour taper le code. La grille s'ouvre pour nous laisser entrer. Nous montons dans la chambre. [Censuré]
Je suis blotti contre elle. Je suis épuisé, et il fait chaud. Elle ouvre la fenêtre. Il est à peine une heure du mat. Nous tentons de dormir.
Mais déjà la horde se fait entendre dehors.
La horde entre et se fait entendre à l'intérieur. Elle court avec des pas lourds de plusieurs tonnes et cris comme si on l'égorgeait. La horde envahit l'hôtel loué pour l'occasion, comme elle a
envahit « LE CLUB » quelques heures auparavant. Ils y font du bruit, beaucoup de bruit. Pas le genre de bruit qu'on fait sans le vouloir parce qu'on est nombreux. Non pas ce genre-là.
Mais plutôt celui qu'on fait pour faire du bruit, juste beaucoup de bruit.
Je lui demande s'ils sont les seuls à louer des chambres. Elle pense que oui, enfin elle l'espère. Nous tentons de dormir. Je somnole, comme des parents somnolent la nuit où leur
gosses font leur dents. La horde s'approche parfois de notre chambre. Nous nous endormons presque.
Soudain un bruit énorme nous réveille. Ce n'est pas la horde. C'est un de ses membres qui frappe désespérément pour pouvoir fuir la horde. La chambre voisine lui accorde l'immunité
diplomatique.
Nous tentons de dormir. Vers trois heures du mat la horde s'endort, et nous avec.
La sonnerie de mon réveille retenti à 4h30, je la coupe mais elle l'a déjà réveillée. Je l'embrasse. Je m'habille. Je l'embrasse. Je lui demande le code pour le portail. Elle pense qu'il n'y en a pas besoin pour sortir. Je l'embrasse une dernière fois. Je sors.
Dehors il a gelé. Je chauffe le moteur et je râpe le gel sur mon pare-brise. Dehors il gèle. J'arrive devant le portail. Mais il ne s'ouvre pas. Je l'appelle sur son portable. Elle me donne le code. Je pars. C'est toujours la même nuit noire et déserte mais en plus froid.
Je prends l'autoroute. Ce n'est pas le même qu'à l'aller. Je cherche à comprendre, et m'aperçois qu'il y a deux autoroutes pour aller à Paris. Je serais en retard et j'entends déjà cet ancien repris de justice me charier: « Alors t'es resté coincé dans la dame !! Bon j'y vais !! A t'à l'heure ».
Une autre soirée assez strange quand j'y repense, à croire qu'Amiens serait à l'origine de tout. La vérité est ailleurs, elle est à Amiens.
Pour éclairer les lanternes, voiçi un échantillon de la horde : http://fr.youtube.com/watch?v=14gYw9Z5EhQ