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Lundi 19 novembre 2007
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Dans la nuit noire qui défile, se fige l'image de cet ancien repris de justice, encore frêle et vif, dont l'age avancé ne se devine que sur cette peau à peine marquée par une vie de dur. Son rire et son regard pétillant laissent deviner la réminiscence d'une expérience vécue et partagée. Sous le grondement d'un moteur poussé à plein régime, j'entends encore son parlé francs et sûr : « T'es pas un peu j'té d'la casquett', Toi !! ... Aller file, j'finirai !! Et t'coince pas l'machin dans sa tuyauterie !! J'ai pas envie d'jouer les prolongations, Compris ! ».

Seuls deux points rouges viennent parfois troubler cette immensité noire dans laquelle je m'enfonce aussi sûrement que Bill Pullman dans « Lost Highway ».
Ce désert nocturne s'était installé brusquement, après avoir franchi la frontière francilienne, ce mur du son qui semble retenir en son sein la cacophonie des klaxons et des jurons, dont les auteurs semblent venir par centaines ou milliers (grève oblige) dédicacés le même roman de leur vie, « Comment je suis devenu un gros connard au volant ».

L'idée de cette escapade éphémère a eu vite fait de chasser de mon esprit les conseils de mon banquier et les remontrances de mes amis écolos. Fort de quatre heures de sommeil, je fuis la capitale pour venir polluer à plein gaz les plaines désertées de la Picardie. Et l'espoir d'une présence douce et chaude m'a fait oublié la froideur d'un automne hivernal, les flashes et autres injonctions de la sécurité routière.

En entrant dans Amiens, « capitale de l'an 2000 » je me perds un peu dans les rues, pensant qu'elles ont dû être désertées depuis cette date. Je suis certain d'avoir bien fait et soulagé d'y être juste à temps.

lost-highway.jpg Mais si l'amour vous embarque parfois dans la déraison et la folie, ne croyez pas qu'il ait le monopole de l'absurde et de la bêtise. En franchissant la porte du « CLUB », j'étais loin de me douter que j'allais troquer mon costume d'amoureux transit pour celui d'ethnologue découvrant une peuplade étrange. Je n'ignorais pourtant pas que j'allais la rejoindre dans une soirée d'étudiants, mais la chose fut si étrange qu'elle s'accorda alors parfaitement avec le décors d'une ville qui inspira probablement Jules Vernes.

On dit que rien n'est plus fort que l'amour, qu'il est le seul à pousser l'Homme dans les exactions les plus extrêmes. Mais on se trompe, il y a pire !! Il y a le groupe, cette communauté d'espèce qui galvanise les troupes, qui les pousse à un tel point que le pire entre en résonance. Dans certains groupes la bêtise ne s'additionne pas, elle se multiplie. J'ai pu constater ce postulat en observant et en écoutant sans vraiment y entendre quoique ce soit ou en entendant sans qu'il y ait vraiment quoique ce soit à écouter.

Je retrouve alors ma dulcinée dans « LE CLUB » loué pour l'occasion par une horde d'étudiants déjà en transe avant même d'être entrés. Ils sont nombreux, tellement que lorsque nous entrons dans la salle des réjouissances, il n'y a déjà plus rien à boire sur le buffet, juste des restes de salades et de pâtés pour nous remplir le ventre. Mais qu'importe nous pouvons vivre d'amour et d'eau fraîche. Par chance, le bar sert des bières et des alcools à moindre prix jusqu'à onze heures.

Nous buvons un peu, et j'accepte de me fondre dans ce groupe en discutant avec ses conmpatriotes. Nous tentons de discuter avec une amie commune, mais une grande partie du groupe s'était déjà lancé dans le beuglement de chansons paillardes de leur propre cru, un genre de rite qui a pour but de faire le plus de bruit possible et avec le plus grand nombre possible de convives.

Je sourit, amusé. Elle me rend ce sourire, un peu gênée. Nous nous sourions amoureusement.

Galvanisé, le groupe se scinde en deux pour une partie de beuglement entre la province et la capitale, certains espérant secrètement se faire entendre jusqu'à paname.

Je la regarde, l'air gêné, dessinant un sourire forcé. Elle me regarde, rouge de honte. Nous nous regardons, toujours amoureux.

A l'appel du groupe, DJ Didier rentre en action mixant et esquissant les chorégraphies traditionnelles que la horde s'empresse de reproduire en rythme et en synchro. Le jeu est amusant au début, mais la musique devient trés vite plus pesante qu'une soirée « trach-trans » dans un pavillon montreuillois. Je cris à son oreille que j'ai un coup de bar, que j'aimerais rentrer.

Elle est d'accord, et contente d'avoir réussi à obtenir une chambre pour elle seule, enfin pour elle et moi. Nous sortons.

Il fait très froid dehors. Les nuits parisiennes sont fraîches, et parfois froides. A Amiens elles sont froides, et souvent gelées. Nous entrons dans la voiture que je m'empresse de démarrer, attendant patiemment que le moteur soit chaud pour allumer le ventilo. Il fait toujours froid.
Nous quittons le centre d'Amiens pour sa campagne. Je pense : « Il y a la campagne dans la ville de l'an 2000 ??!! ». Nous nous perdons. Je lui demande en insistant plusieurs fois l'adresse de l'hôtel. Elle m'avoue qu'elle ne l'a pas.

Elle est énervée contre elle-même mais elle m'engueule un peu.

Je lui dis qu'elle a la clef. Elle ne comprend pas. Je lui dis qu'il doit y avoir l'adresse sur la clef. Elle cherche la clef. Elle trouve l'adresse.

Je cherche un plan de la ville. Nous tournons plusieurs fois dans cette campagne. Nous trouvons un plan. Je sors dans le froid et cherche la rue sur le plan. Je pense : « Il y a vraiment la campagne dans la ville de l'an 2000 ».

Nous arrivons devant une grille sans panneau ni enseigne. Elle sort pour taper le code. La grille s'ouvre pour nous laisser entrer. Nous montons dans la chambre. [Censuré]

Je suis blotti contre elle. Je suis épuisé, et il fait chaud. Elle ouvre la fenêtre. Il est à peine une heure du mat. Nous tentons de dormir.
Mais déjà la horde se fait entendre dehors.
La horde entre et se fait entendre à l'intérieur. Elle court avec des pas lourds de plusieurs tonnes et cris comme si on l'égorgeait. La horde envahit l'hôtel loué pour l'occasion, comme elle a envahit « LE CLUB » quelques heures auparavant. Ils y font du bruit, beaucoup de bruit. Pas le genre de bruit qu'on fait sans le vouloir parce qu'on est nombreux. Non pas ce genre-là. Mais plutôt celui qu'on fait pour faire du bruit, juste beaucoup de bruit.

Je lui demande s'ils sont les seuls à louer des chambres. Elle pense que oui, enfin elle l'espère. Nous tentons de dormir. Je somnole, comme des parents somnolent la nuit où leur gosses font leur dents. La horde s'approche parfois de notre chambre. Nous nous endormons presque.
Soudain un bruit énorme nous réveille. Ce n'est pas la horde. C'est un de ses membres qui frappe désespérément pour pouvoir fuir la horde. La chambre voisine lui accorde l'immunité diplomatique.

Nous tentons de dormir. Vers trois heures du mat la horde s'endort, et nous avec.

La sonnerie de mon réveille retenti à 4h30, je la coupe mais elle l'a déjà réveillée. Je l'embrasse. Je m'habille. Je l'embrasse. Je lui demande le code pour le portail. Elle pense qu'il n'y en a pas besoin pour sortir. Je l'embrasse une dernière fois. Je sors.

Dehors il a gelé. Je chauffe le moteur et je râpe le gel sur mon pare-brise. Dehors il gèle. J'arrive devant le portail. Mais il ne s'ouvre pas. Je l'appelle sur son portable. Elle me donne le code. Je pars. C'est toujours la même nuit noire et déserte mais en plus froid.

Je prends l'autoroute. Ce n'est pas le même qu'à l'aller. Je cherche à comprendre, et m'aperçois qu'il y a deux autoroutes pour aller à Paris. Je serais en retard et j'entends déjà cet ancien repris de justice me charier: « Alors t'es resté coincé dans la dame !! Bon j'y vais !! A t'à l'heure ».

 
Par AlienD - Publié dans : Tranche de Survie
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Commentaires

Et voici la principale responsable de ta fatigue chronique... Je te propose ma version des "faits" de cette nuit innoubliable! Chapitre I: L'attente insurmontable Pendant que d'autres sont bien au chaud , il y a ceux qui luttent pour survivre dans la nuit glaciale. Il ya moi, par exemple, ta dulcinée prostrée par le froid, dans l'hiver amiennois. A attendre devant l'entrée du CLUB que la horde assoifée puisse trouver refuge dans un milieu moins hostile. Et moi, perdue au milieu de cette même horde, guettant l'arrivée inespérée de l'élu de mon coeur (mais qu'est ce que je fous là? non pas à Amiens, quelle belle ville!). Après avoir épuisée tout le répertoire des chansons traditionelles (toc toc toc qui est là? c'est didier deschamps. didier deschamps? pourquoi pas libellule et papillon? Parce que didier deschamps de la montagne à cheval.....), chères aux coutumes festives, la horde avance pas à pas, se réjouissant de l'open bar jusqu'à 23h pétantes. Cloturant le cortège, je pénétre dans le Club toujours sans signe de mon prince charmant et referme la porte, en vain. C'est à ce même moment qu'un responsable du Club vient refermer la porte derrière moi, certain que tout le monde était là. Soudain, la sonnerie de mon portable retentit m'anoncant que l'heure de la délivrance approche... Chapitre II: Les retrouvailles Après quelques "fausses routes" (est ce que mes explications ne sont pas claires?), il est juste derrière la porte et mon coeur bat la chamade. Je m'empresse d'ouvrir la porte et j'aimerai lui sauter au cou. Mais je reste pudique, même si l'heure de l'éxubérance est proche. De mon côté, aucune surprise quant au déroulement de la soirée... J'avoue que pour les non avertis, ça peut paraitre assez curieux! Assez curieux pour ne pas vouloir rester! Car la suite de la soirée aurait été un régal pour alimenter ce blog, j'en suis persuadée. Mais nous décidons de quiter ce monde de fou pour trouver le repos dans une charmante chambrée réservée pour l'occasion. Mais nous nous perdons. Il me demande en insistant plusieurs fois l'adresse de l'hôtel. Mais j'ai bien étudié le chemin pour y aller, pas besoin de l'adresse. Je m'énerve contre lui car il ne fait pas confiance à mes talents d'orientation et on s'engueule un peu. Bon heureusement qu'on avait l'adresse car on a pu se repérer. En effet, mon chemin était le bon mais on avait juste oublier prendre une rue à droite. Forcément, j'étais perturbuée car persuadée que l'hotel était proche mais incapable de dire avec précision le chemin pour y arriver! Une fois arrivée dans cette chambre, je me sens ridicule d'avoir perdu du temps à s'ennerver. Surtout que le temps est précieux et il vaut mieux profiter de cette acalmie, avnt d'entendre arriver cette bande de jeunes fous! Toujours censuré. Chapitre III: Retour à la réalité A mon réveil à 7 heures du matin, je me demande si sa venue n'était pas qu'un rêve. Ou un mauvais cauchemar... Ma seule motivation pour me lever était de penser que j'allais réveillée de la viande saoule qui m'avait empeché la veille de profiter de mon repos réparateur avant d'entamer une longue journée. Et oui, j'étais chargée de frapper à chaque chambre d'étudiants pour repatir de l'hotel et regagner notre lieu de réunion. Cependant, je me suis vite appercue que nous n'étions pas seuls dans cet hotel, contrairement à ce que m'avait assuré l'organisateur. J'ai bien failli me faire sauter dessus par un étranger qui ne comprenait surement rien à la situation et qui aurait été ravi de se venger sur une des personnes responsables de sa nuit blanche. Mais heureusement tout est bien qui finit bien! Voilà il y a bien d'autres choses à dire sur cette soirée mais j'ai bien peur de choquer quelques âmes sensibles... Etait-ce bien raisonnable cette visite éclair, je crois que non. Mais quand le coeur l'emporte sur la raison, rien n'est plus beau. Moi qui étais prête à venir sur Paris ce soir pour te souhaiter tes 34 printemps, ta raison a calmé mes ardeurs. Car tu ne veux pas être responsable de mon échec scolaire, j'ai bien compris. D'un autre côté, ma conseillère financière va surement t'adoré par la suite... J'arriverai donc vendredi puisque ce n'est pas raisonnable de se voir avant! Moi aussi je t'aime.
Commentaire n°1 posté par camus emilie le 20/11/2007 à 16h55
Aïe... la "ville de l'an 2000"... euh... je suis censé défendre Amiens ? Il faut bien que quelqu'un le fasse... non ? C'est plutôt dans mes habitudes d'enfoncer cette f... ville de m... (allez, la prochaine fois, promis, je dis un truc sympa sur la ville...) (Alien-D... tu n'as pas oublié un autre trajet en voiture vers Amiens ?... sous la neige me semble-t-il, il y a de cela quelques années... et toi, Sad... une maison sans chauffage...) @ l'ADCR : tu veux que je te fasse visiter ? C'est une proposition officielle, vraie de vraie (encore faut-il trouver un créneau...)
Commentaire n°2 posté par balthazar castiglione le 19/11/2007 à 22h45
Oui je m'en souvient bien j'était le seul agein dans l'assemblée, Sad et son ex m'avait fait des propositions trés trach. Notre ami homo s'était sauté une bourgeoise dans les toilettes, où tout le monde voulais entrer aprés s'être bourré à la bière.
Une autre soirée assez strange quand j'y repense, à croire qu'Amiens serait à l'origine de tout. La vérité est ailleurs, elle est à Amiens.
Réponse de AlienD le 20/11/2007 à 00h35
C'est décidé je sais ou je vais passer mes vacances de Noël: a Amiens !
Commentaire n°3 posté par L'Anonyme de Chateau Rouge le 19/11/2007 à 22h00
c'est pas une mauvaise idée si t'aime la neige, y en auras probablement. Paraitrait même qui vont ouvrir une station de ski.
Réponse de AlienD le 20/11/2007 à 00h28
La Picardie? Plus de bruit qu'une soirée transe? Et un ancien repris de justice? Ouah, quelle soirée...
Commentaire n°4 posté par sadoldpunk@hotmail.fr le 19/11/2007 à 20h07
Oui et je ferais pas ça tout les jours, enfin plutôt toute les nuits.

Pour éclairer les lanternes, voiçi un échantillon de la horde : http://fr.youtube.com/watch?v=14gYw9Z5EhQ
Réponse de AlienD le 20/11/2007 à 00h26
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